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En guise d'édito à ce nouveau thème "Père et mère", voici un petit conte qui je l'espère plaira aux inconditionnels de Bambi... Parce qu'il sera ici question d'une mère chevreuil, d'un père chevreuil, et de leur petit faon vulnérable (vous voyez...). 

Pour être tout à fait honnête, cette histoire partait vraiment très mal, mais croyez-moi, j'ai fait tout mon possible pour qu'elle se termine au mieux...

 

C'est un matin d'hiver. La neige a dessiné des fleurs blanches aux extrémités des branches et il n'est pas rare de voir plusieurs minutes s'écouler sans le moindre petit bruit. Un faon avance dans les sous-bois, entouré de papa chevreuil et maman chevreuil. C'est une famille heureuse, du moins autant qu'une famille de chevreuils puisse l'être. 

Le mois de décembre a été rude, et le petit faon est avec son père et sa mère en quête de nourriture, dans l'espoir que l'hiver daigne leur laisser quelques vivres à disposition.

Les voilà donc qui trottinent tranquillement dans la forêt. 

Le temps libère quelques minutes, puis la famille s'engage à l'orée d'une clairière. Une clairière d'apparence vide comme plusieurs ventres de famine. Pourtant, à quelques pas seulement, des chasseurs ont armé leurs fusils, certains blottis contre un buisson, d'autres tapis dans l'herbe glacée. 

Un minuscule bruissement déguisé en silence traverse la clairière, et soudain une dizaine de détonations font vaciller les oreilles dressées du petit faon, qui voit s'écrouler père et mère dans la neige. Le blanc devient rouge et le petit faon miraculé choisit la fuite. Derrière lui, une légion de cris résonne entre les châtaigniers. 

Le petit faon, livré à lui-même, n'a d'autre choix que de courir, avec sur les épaules tout le poids de l'absence d'un père et d'une mère. 

Après une demi-heure qui semble durer plusieurs vies, le petit faon est finalement abattu cruellement dans une contre-allée. 

 

Le soir arrive et glisse son visage de charbon entre les nuages. Les chasseurs se sont réunis pour faire honneur à cette journée. Une femme apporte au centre de la table une énorme soupière, et le fumet zigzague entre les rires affreux des hommes. La femme soulève le couvercle. 

Et alors que tout semblait perdu, alors que personne ne pensait revoir un jour cette famille chevreuil au complet, voilà qu'apparaissent au centre de la table mère chevreuil, père chevreuil, et leur petit faon, enfin réunis à jamais dans le lit confortable d'une onctueuse sauce au vin.

 

Guillaume Siaudeau

(illustration / Guillaum èS)


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